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    26/01/2016
    La commune de Bras-sur-Meuse appartient à l’arrondissement de Verdun ...
Bras dans la seconde Guerre Mondiale

L’entrée en guerre

Le premier septembre 1939, les troupes du Reich envahissent la Pologne. La mobilisation générale fait suite à la mobilisation partielle et le 3, la France déclare la guerre à l’Allemagne. La Meuse, encore mal remise de celle qui devait être «la der des der», se transforme comme tous les départements frontaliers en vaste camp militaire. Bras, centre mobilisateur pour le 151è RI, connaît rapidement cet afflux et doit fournir le cantonnement «hommes et bêtes» à des unités diverses. Le 65è territorial assure la garde des ponts et de l’usine électrique de Charny. Les chambres de l’habitant sont rétrocédées aux gradés. Au cours de l’hiver, le hangar de la ferme Arnoux est aménagé en «roulante». Les grosses chaudières servant à nourrir les cochons sont reconverties pour cuire les frites des soldats. Un médecin militaire loge en permanence chez M. Renaud (maison Jeandel) et soigne à l’occasion la population. A Charny, un train sanitaire stationne en gare plusieurs mois durant. Par crainte des bombardements, Bar-le-Duc et Verdun reçoivent l’ordre de disperser leur population. En attendant une situation plus grave qui commanderait l’évacuation, les habitants se répartissent dans une soixantaine de villages au sud et à l’ouest du département. A Bras, certains font de même et partent avec leurs bêtes. Le premier moment d’émotion passé, les réfugiés rentrent chez eux.

Durant huit mois, l’Etat Major maintient notre armée immobile aux frontières pendant que les allemands envahissent la Pologne, le Danemark et la Norvège. Les dispositions sont prises malgré tout pour vivre en état de guerre. Les enfants se rendent à l’école avec les masques à gaz distribués en octobre par la mairie. Des consignes en cas d’attaque aérienne sont publiées. Chacun doit se soumettre aux ordres de la défense passive : suppression de l’éclairage de route sur les véhicules et de l’éclairage public, camouflage de l’éclairage intérieur privé. La municipalité nomme un service d’alerte, un service d’incendie composé de 14 sapeurs pompiers et deux brancardiers. M. Poinsignon est responsable du service des abris et tranchées. Ces dernières, au nombre de quatre, ont été creusées peu avant la guerre au lieu -dit «Au -dessus de la fontaine». Profondes et couvertes, elles mesurent 30 mètres de long chacune et surplombent de 20 mètres le niveau de la Meuse. En plus des caves, il est possible d’utiliser les trois abris très bien conservés construits au cours de la guerre 1914-1918 en les aménageant contre l’infiltration des gaz.(1)

Pendant la «drôle de guerre», les seuls faits d’armes en Meuse sont des avions abattus. Pour démentir un communiqué allemand mensonger, le Grand Quartier Général, contrairement à ses habitudes, communique à la presse les points de chute ou d’atterrissage forcé des avions ennemis abattus les 22 et 23 novembre. «Parmi eux, lit-on dans la «Croix meusienne», un avion Dornier 17 a été contraint d’atterrir à Bras, les trois aviateurs ont été faits prisonniers.» Tombé à Haute Epine, sur le versant de la côte faisant face à la coopérative agricole EMC2, il est touché par la D.C.A. de Charny, installée à l’emplacement du lotissement Champ Monsieur. Deux autres seront abattus au moment de l’exode. Les réquisitions de chevaux, d’automobiles et de camions commencent dès le début de la mobilisation. C’est partout l’encombrement pour une armée qui n’en a pas encore besoin alors qu’ils font cruellement défaut aux cultivateurs et aux négociants. Le 29 février 1940, un décret oblige les boucheries à fermer trois jours consécutifs par semaine et les charcuteries deux. Le mois suivant, on restreint la vente des pâtisseries. Le chocolat fondant et au lait est supprimé. Les apéritifs et spiritueux ne peuvent être servis que le mardi, jeudi et samedi. En avril, tous les civils sont recensés en vue de l’établissement des cartes d’alimentation. L’essence est elle aussi contingentée.

Le 10 mai 1940, les divisions blindées allemandes déferlent à la fois sur la Hollande, la Belgique, et le Luxembourg. Le 13, elles franchissent la Meuse à Sedan. Le nord du département où court la Ligne Maginot est dès lors plongé dans la bataille. Le 14, le général gouvernant Verdun reçoit l’ordre de mettre la ville en état de défense face à l’ouest : personne ne sait sur quel axe va se poursuivre l’avancée des Panzers. Pour se faire, il ne dispose que de la demi-brigade d’infanterie légère d’Afrique. Ces soldats, plus connus sous le nom de «joyeux» sont décrits comme des «repris de justice incorruptibles et délinquants primaires, peu sûrs et pour la plupart tarés physiquement.» Aidés d’hommes de classes anciennes maniant la pelle et la pioche, ils dressent une chaîne d’obstacles sur les itinéraires conduisant à Verdun, tout en préparant une ligne d’arrêt partant du bois bourrus au N.O jusqu’au ravin de Bezonvaux au N.E. (2) Ils effectuent également les travaux de terrassement de l’ambulance 429(3) dans notre village. Dans cet hôpital composé de baraques Adrian, situé à l’emplacement actuel du lotissement «la Mazilière», des infirmières attendent que la guerre éclate. Avec l’avance allemande, des blessés y sont amenés pour recevoir les premiers soins avant d’être évacués vers Souilly . On enterre les morts au cimetière militaire. Plus tard , les corps seront exhumés et rendus aux familles. L’activité aérienne ennemie s’intensifie. Bras est bombardé. Edmonde Charles-ROUX, infirmière affectée à la salle d’opération, est ensevelie sous une grange. Les tirs visent aussi la gare de Charny ( un train est bombardé pendant le déchargement d’un wagon de soude ) et bien sûr les ponts et leurs abords où passent sans discontinuer les réfugiés.(4)

L’exode

Fin mai 40, la navigation décide l’évacuation de ses archives et du personnel travaillant au canal . L’éclusier de Bras et sa famille font partie du convoi. Deux ou trois bateaux tirés à dos d’homme remontent le canal de l’Est branche nord puis sud jusqu’à  Pont St Vincent (54).Dès le 11 juin, les envahisseurs referment rapidement leur tenaille sur toute la Lorraine . La panique s’empare de la population restante qui évacue le 12. Les portes sont ouvertes, on lâche les cochons, les lapins, les poules. Des cultivateurs prévoyants conduisent les vaches entre le canal et la Meuse : si les ponts sautent, ils pourront quand même récupérer leurs bêtes. Certains partent à vélo ou en train. Ceux qui possèdent une voiture iront plus loin, dans le Puys de Dôme par exemple. Les autres entassent tout ce qu’ils peuvent sur des chariots et partent par Sivry-la-Perche, Vavincourt, Neufchâteau en direction des Vosges. Ils dorment sur le bord des chemins, harcelés par les chasseurs italiens.

Remarque : concernant le harcèlement des chasseurs italiens, un lecteur précise que cela repose sur des témoignages, certes de bonne foi, mais la réalité historique montre que les chasseurs italiens n’ont jamais volé dans le ciel de Meuse. Voir les 2 liens ci-dessous.

  1. Le plan "PR 12" - Extrai du livre de monsieur Henri de Mollans : "Combats pour la Loire 1940" Ed. CLD 1985. Pages 89 et 90
  2. Les opérations aériennes italiennes sur la France en juin 1940

L’évacuation des ouvrages et casemates de la citadelle de Montmedy est décidée pour le 13 juin. Les unités du général Burtaire ont ordre de se replier sur le bois des Caures et d’établir leur PC à Bras-sur-Meuse, à la hauteur de Douaumont. Mais les allemands ne restent pas inactifs et la bataille pour Verdun sera engagée avant que tous les éléments d’arrière-garde de la Division Légère Burtaire, épuisés, aient pu rejoindre la nouvelle position. A 9 heures le 15, Samogneux est entre leurs mains. L’ennemi glisse vers Vacherauville où le 21/155è RIF se défend âprement avant de céder et de se replier. Sur la rive droite, les troupes reculent. Il ne reste sur le terrain qu’un amas de voitures démantelées, des animaux morts ou des blessés. Le 14, à Verdun, le personnel est évacué et les dépôts incendiés. Les sapeurs font sauter les ponts, les usines électriques de Charny et de Verdun. Les explosions secouent la ville et brisent des milliers de vitres.(2)

L’occupation

Le 15 juin à 12 heures 30, les allemands entrent dans Verdun. Le 18, la Meuse est totalement occupée en dépit des mille hommes tués au cours de combats désespérés. L’envahisseur fouille tout le département, rassemblant des milliers de prisonniers dans des camps provisoires. Rattrapés dans la plaine vosgienne, les meusiens rentrent chez eux. Pour les habitants de Bras, l’exode n’aura duré qu’une dizaine de jours en moyenne. Les premiers arrivés sont réquisitionnés pour le nettoyage du village. Il faut balayer les rues jonchées de paille, de bouteilles cassées et de débris divers, enlever les cadavres de chevaux. La vie reprend son cours comme après un cauchemar. Quatre maisons sont partiellement endommagées. Dans les bâtiments communaux, il faut changer la vitrerie et remanier les toitures, remettre en état les ferrures des portes, réviser le système d’adduction d’eau. L’entreprise Kirikdjian effectue les travaux de réparation. Si deux tiers des habitants sont revenus, on s’inquiète du devenir des hommes mobilisés dont on est sans nouvelles. L’armistice du 25 juin va-t-il entraîner leur retour? Le bétail évacué des campagnes et rassemblé au Pré l’évêque est mis à la disposition des bouchers. Les boulangeries sont rouvertes au premier juillet. Une barque assure le passage entre Bras et Charny, amenant le pain et le courrier distribué par Mme Depré, factrice, en attendant l’établissement d’une passerelle. C’est chez elle (sur la route nationale, maison de Mme Monlibert) que l’on va chercher les produits rationnés, en attendant la réouverture des «Coopérateurs de Lorraine»de Charny (à côté de la gendarmerie).Dès juillet, l’abbé Bonne assure le service de la paroisse. Ayant été blessé, les fidèles le conduisent à tour de rôle à Vacherauville dans une petite charrette. En novembre 1942, il est nommé aumônier des hospices de Verdun et est remplacé par l’abbé Hocquet. L’instituteur, M. Mathieu, a rouvert une classe unique. M. Larcher lui succède en 1943. En cet été 1940, les maires des communes du canton se réunissent à Charny pour examiner la reprise de la vie économique et du ravitaillement. Des questions urgentes sont abordées, notamment la répartition de la ficelle de lieuse, le bois de chauffage, les écoles, l’essence, les relations postales et téléphoniques, la police etc… La Société Meusienne de Produits chimiques remet en activité l’usine de Charny entre la Meuse et le canal. Elle approvisionne la région en savon, cristaux, lessive, javel et cirage. Rapidement, l’usine déménage à Glorieux et les locaux sont abandonnés.

Au cours des premiers mois, de nombreuses localités doivent loger des troupes . Bras a sa «Kommandantur» chargée de garder des prisonniers, sise sur la place ( maison de Mme Richard ). Ces derniers travaillent le jour dans les fermes pour pallier au manque de main d’oeuvre et rentrent dormir le soir. Ils partent peu après la moisson. L’occupant s’approprie les maisons de ceux qui ne sont pas encore rentrés. Celle de M. Renaud est réquisitionnée du 25 juin au mois de septembre 1940 par les troupes de passage, puis occupée complètement sans interruption jusqu’en janvier 41. Elle sert d’infirmerie et de lieu de réparation des véhicules automobiles. C’est à cette époque que l’organisation TODT entreprend le déblaiement des ruines du canal et la reconstruction du pont et des perrés à l’écluse. Les bâtiments de l’hôpital sont reconvertis en cantine et en entrepôts pour le matériel et les véhicules. Y logent aussi un groupe d’alsaciens enrôlés par l’armée et qui travaillent pour elle. L’allemand dirigeant la reconstruction de ce pont habite chez M. Chapelier(maison Roux).Sont occupées aussi les maisons de M. Boigegrain ( maison Belime )et de Mmes Lecourtier et Carteret ( IREO ). Dans cette dernière le sous sol sert de dépôt de pommes de terre. Chaque jour, les ouvriers viennent en chercher et faire le tri. La cave est libérée le 19 mai 1941. (5) Le 4 octobre 1941, la navigation est rétablie sur tout le parcours du canal de l’Est branche nord. Il semble qu’à  partir de ce moment, il n’y ait plus d’allemand logeant au village. Les différents services mis en place par l’occupant pèsent lourdement sur la vie des meusiens. La Meuse est devenue zone interdite. Les autorités d’occupation désignent M.Thiercy, adjoint, comme maire de la commune en remplacement de M. Lecourtier qui n’est pas rentré et qui décède le 30 août 40 à Bagnoles de l’Orne. L’heure allemande est instaurée, la circulation est interdite de 22 heures à 6 heures. Quinze hommes du village sont prisonniers en Allemagne. En mars 1941, un service rural effectué dans les exploitations agricoles est institué pour les jeunes gens de 17 à 21 ans. Il leur est fortement conseillé de se porter volontaire… En février 1943, c’est la création du STO pour ceux nés de 1920 à 1922, affectés au travail en Allemagne. L’emprise allemande s’exerce aussi sur le monde agricole meusien par la colonisation directe confiée à la société Reichsland (ou Ostland).A Charny en mars 41, sous prétexte que la récolte n’a pas été parfaitement faite, l’occupant chasse de son exploitation une veuve qui ne pouvait plus être aidée par son fils, prisonnier de guerre (ferme Guillaume), et y place un chef de culture allemand. L’Ostland réquisitionne également l’entreprise d’équarrissage et fabrique d’engrais de M. Lucotte du 1er avril 1941 au 31 août 1944. L’agriculture souffre de l’absence des prisonniers, du nombre réduit de chevaux de trait, du vieillissement du matériel, de la pénurie d’engrais, de ficelle, d’insecticides. Le 28 juin 1941, le conseil municipal vote une somme de 200 francs pour encourager les enfants des écoles à ramasser les doryphores dans les champs de pommes de terre.

Les conditions de survie sont moins désespérantes qu’en milieu urbain. Le troc s’instaure, mais le rationnement est là. En décembre 42, c’est l’imposition en oeufs ; en décembre 43, les volailles et les lapins doivent être déclarés en mairie. Les bons, délivrés à Charny par Mme Gillet, sont indispensables pour le textile, les pneus de vélo, les chaussures (semelle de bois) etc…Au mois de décembre 42, pendant quinze jours, les métaux cuivreux sont collectés pour permettre la fabrication du sulfate de cuivre nécessaire aux viticulteurs. Contre 200 grammes, le donneur reçoit un bon d’un litre de vin. On enterre des casseroles pour ne pas être obligé de tout donner. L’impôt métal est instauré en mars 43 afin de pallier à l’insuffisance des résultats des campagnes de ramassage. L’armée d’occupation exige un contingent d’avoine pour chaque commune auquel s’ajoute plus tard l’orge, les oléagineux de printemps, les légumes secs et les pommes de terre. En 1943, Bras est rappelé à  l’ordre. « Les rapprochements effectués établissent que certaines communes n’ont pas participé comme il était permis de l’espérer à ce remarquable effort. Et la vôtre me semble être de celles qui sont restées à l’écart du mouvement (…). Dans une heure aussi grave, ce blé n’appartient qu’à  la Nation. En conséquence, le ministre de lAgriculture et du Ravitaillement rappelle à tous les cultivateurs qu’ils sont dans l’obligation d’en effectuer la livraison immédiate et totale.»

La résistance

Face à l’omniprésence allemande, l’attentisme est le plus généralement de mise. Mais peu à peu, la résistance s’organise. Constituée d’une part d’hommes et de femmes engagés vivant en apparence une vie normale, d’autre part de maquisards cachés dans les bois en nombre grandissant, elle manque de moyens, surtout d’armes. Jusqu’en février 1944, son action consiste essentiellement à recruter, organiser, encadrer, récupérer armes et munitions, donner asile aux aviateurs alliés et faciliter leur évasion. Quelques personnes de notre village y participent, cachent des armes, portent des messages. Dès le débarquement allié en Normandie, la fréquence et l’efficacité des sabotages s’accroissent, parfois près de chez nous : harcèlement sur routes, sabotage des voies ferrées et télécommunications font partie des objectifs principaux. En mai 44, une délibération municipale mentionne l’établissement d’un tour de garde à l’écluse par des requis civils. Mais le trafic doit s’interrompre sur les canaux à Commercy le 8 août, à Vacherauville le 15. Au matin du 21 avril 1944, le chef de gare de Charny trouve une lettre sur le quai l’avisant de faire réparer la voie au niveau de Villers-aux-Moines avant le passage d’un train de voyageurs. Elle avait été sabotée pendant la nuit en prévision d’un train de militaires. Entre Bras et Charny, l’usine Ricome détruit les munitions sous contrôle allemand pour récupérer le cuivre et le plomb et l’odeur de la poudre flotte souvent sur le village. Le 10 juin 1944, 2000 cartouches et une centaine de pétards de cavalerie sont dérobés. Parmi les employés les sortant en fraude, le jeune Henri Biocchi, de Charny. Il traverse à l’écluse puis remonte le chemin de halage sur la passerelle avec une caisse en zinc. Repéré ? Dénoncé ? Il est fait prisonnier et retrouvé après la Libération parmi les fusillés de Tavannes. Le 20 juillet 1944, quelques jours après sa mise en place, un maquis de quinze personnes, près de Bezonvaux, est attaqué et perd deux combattants. Le regroupement des hommes se fait chez les gardes-barrières de Charny et le maquis se reconstitue au bois des Caures avant de rejoindre la forêt d’Hingry. (6) A Vacherauville le 21, le général Von Stulpnagel, commandant en chef des troupes d’occupation en France, compromis dans la conjuration contre Hitler, se tire une balle de revolver dans la tête. Mutilé mais vivant, il sera pendu le 29 août à Berlin à un croc de boucher. (7) La tension monte. Dans le bois des Caures le 29 août, des maquisards répandent des clous sur la chaussée et interceptent un peloton cycliste allemand.

Plus les libérateurs approchent et moins l’ennemi, qui bat en retraite, se soucie d’humanité. Les allemands traversent notre village et montent vers Douaumont, parfois à pied ou à vélo, devant une population peu rassurée qui craint des représailles. Certains se cachent dans les granges ou dans les caves. « On n’osait pas respirer, on essayait de ne pas se montrer… Ils tiraient sur n’importe quoi. On voyait leurs bottes par les petits soupiraux. » « Une nuit, ils sont repassés ici en grand nombre. Ils avaient occupé la cour et les engrangements. On s’est enfermé et on avait tellement peur qu’on n’a pas dormi.»

La veille de la Libération, les résistants récupèrent les armes de la caserne Miribel que les allemands viennent de quitter et les distribuent. « Il y avait du monde à ce moment-là, des tas de gens qui n’avaient pas fait de résistance mais qui voulaient participer à la « curée» finale. Mais on ne pouvait pas se permettre de choisir, de trier les bons d’avec les mauvais car il fallait du monde. On donnait un fusil et un brassard à chacun et le tour était joué (…). Nous avons donc constitué des groupes armés et avant même l’arrivée des américains, nous avons commencé à donner la chasse aux allemands (…). Il y en avait partout, dans tous les coins, soit en petites unités, soit isolés et nous avons fait de très nombreux prisonniers. En donnant la chasse aux derniers fuyards, nous sommes allés jusque Bras et tout d’un coup, nous nous sommes retrouvés en face d’un groupe de chars allemands qui essayaient de revenir sur Verdun. Nous avons essayé de les stopper avec le peu de moyens que nous avions, nos fusils et quelques grenades. les allemands ont tiré quelques rafales puis ils ont fait demi-tour et sont repartis d’où ils étaient venus. Au cours de l’affrontement, il y a eu deux tués et deux blessés dans le groupe qui se trouvait juste devant le nôtre, dans le tournant de la route de Vacherauville.» (7)

La libération

Le 31 août 1944, Verdun est libéré par la 7ème DB du XX corps de l’armée Patton. Les américains passent la Meuse au pont Beaurepaire sauvé par Fernand Legay. Quelques patrouilles d’autos mitrailleuses et de camions poussent en reconnaissance jusque Bras. Les soldats lancent aux habitants heureux des savonnettes et des cigarettes par paquet de quatre, des bonbons et des chewing-gums aux enfants, puis repartent. Au cours de la nuit, des allemands traversent à nouveau le village. Un enfant réveillé par le bruit d’un char, pavoisé aux couleurs françaises et américaines, reconnaît les drapeaux et réveille son père. Quand ce dernier sort sur le pas de sa porte, il est mis en joue et reçoit en allemand l’ordre de rentrer chez lui. N’osant pas se retourner, il marche à reculons et le char redémarre. Ce n’est que le lendemain que le village découvre les premiers blindés alliés. Arrivant d’Esnes par Chattancourt et Charny, ils traversent la Meuse sur un pont de bateaux provisoire au Breuil, puis le canal à l’écluse. Plusieurs soirs de suite, la population monte s’abriter aux carrières d’Haudromont en prévision des bombardements. Ces derniers visent notamment le pont de bateaux et l’écluse. Un obus tombe près du cimetière militaire. Les premiers américains stationnent une huitaine de jours au village. Ils ont avancé trop vite pour être ravitaillés normalement et manquent d’essence et de munitions pour poursuivre. Un pompage est installé au niveau du ruisseau, de l’autre côté de l’écluse. Les camions viennent chercher l’eau pour la garnison de Verdun, jusqu’à l’établissement d’un pompage à côté du pont Chaussée. Les enfants vont partager le repas des soldats sur la place où est installée la cantine. D’octobre 44 à août 45, Verdun est l’un des deux plus grands centres de ravitaillement de l’armée américaine. Bras se trouve inclus dans la zone d’arrière-front. Tout autour, la plaine n’est que campements de toile et piper-cubs (8).

Les FFI forment le 2ème bataillon du 150è RI et rejoignent la première armée pour contribuer à la victoire. Le 8 septembre 1944, les alliés ont repoussé l’occupant hors de Meuse. La population réapprend à vivre libre, bien que le rationnement subsiste et que le danger demeure. Les libérateurs piétinent dans les Vosges. Fin décembre, la percée allemande vers Bastogne fait craindre leur retour, mais c’est heureusement la dernière alerte. Après huit mois de violents combats, le Reich capitule le 8 mai 1945. Les prisonniers et les requis du travail vont enfin pouvoir rentrer au pays. A Bras, deux d’entre eux ne reviendront pas. Morts en Allemagne, leur nom ira rejoindre «ceux de 14»  sur le monument aux morts.

NOTES 1. Les abris et les tranchées n’ont pas été utilisés. Les gens se sont abrités dans leur cave, sous la voûte des granges, ou sont montés aux carrières d’Haudromont, route de Douaumont où subsistaient des abris de 14 ou des baraques de l’entreprise Ricome 2. Roger Bruge. Les combattants du 18 juin. Tome 1. Le sang versé. 3. ambulance : hôpital militaire 4. Mme Berthe Fournier est décédée le 20 juin 1940. Elle figure comme victime civile sur le monument aux morts de notre commune 5. Archives Départementales de la Meuse. 659 R 63 6. Est Républicain du 24 août 1979 7. Avoir 20 ans en zone interdite. Histoires de Résistance en Meuse. C. Collin, J.P Harbulot 8. Avion d’observation très léger.

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