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    La commune de Bras-sur-Meuse appartientau canton de Belleville-sur-Meuse...
Février 1916

A l’heure où la Meuse commémore le quatre-vingt dixième anniversaire de la bataille de Verdun, ces extraits de témoignages nous rappellent que Bras fut au coeur du conflit.

1916, la guerre dure depuis plus d’un an. Notre village, traversé par de nombreux réfugiés, a servi de cantonnement aux soldats. Le 17 février, le bruit court que Verdun serait menacé d’attaque par une force considérable. Partis partiellement une première fois puis revenus bien que le village soit déjà à dans la zone de combat des armées, les habitants reçoivent l’ordre d’évacuer. Nous sommes à la veille de l’enfer de Verdun, une bataille qui durera 300 jours et 300 nuits. Samedi 19 février 1916

Journée grise, pluvieuse et venteuse. L’ouvrage de Charny date de 1902-1904 (le fort de Marre de 1877). On domine. Mouvement dans la gare de Charny, sur laquelle les Boches tirent parfois. Le soir, à 18 heures, les pauvres gens de Charny évacuent, dans la pluie et le vent. C’est lamentable. Dans une prairie fermée par une barrière, deux poulains abandonnés. (1) Lundi 21 février 1916

Le lundi 21 février dès l’aube retentit sur tout le front une canonnade formidable qui va en s’amplifiant. Dès le jour, on est réveillé par des éclatements (…. Voivenel, de la rive gauche, observe : 9 heures. Le fracas d’artillerie augmente. Ballons. Avions. Des obus démolissent la gare de Charny. Les trains s’enfuient. L’air est sillonné de projectiles aux remous violents qui, sur nos têtes, filent vers Verdun. Des hauteurs de la rive droite s’élèvent des nuages épais d’une fumée produite par du goudron pour opposer un rideau opaque aux observateurs ennemis. (1).

Mardi 22 février 1916

La pièce à longue portée continue à tirer sur Verdun. Nous avons, paraît-il, du 305. Des canons de marine sont sur le canal. A Charny se trouvent deux trains blindés avec des obusiers (…). 14 heures. Nous allons avec Mouniq et le commandant Bontems à «l’observatoire» du Bois Bourrus, perché à la cime d’un des arbres les plus hauts. Le bombardement s’étend de la rive droite à Etain. Des obus tombent encore sur le fort de Vacherauville, des shrapnells sur Charny. (1).

Au poste de Bras le 22 février, le médecin-chef est tué ainsi que la moitié des brancardiers. Le danger y est aussi fort que sur la ligne de feu. Le désordre est total. On jette en avant les premières troupes arrivées à marche forcée : certaines, d’une seule étape ont couvert plus de cinquante kilomètres et à peine nourries, sans repos, sont lancées dans la bataille. Le flux inverse, celui des hommes hors de combats converge sur les ambulances et les postes de secours dont l’implantation (suivant les péripéties du combat) est peu connue et de nombreux blessés errent le long des chemins et routes bombardées à la recherche du médecin, de l’infirmier, d’un abri, de la fiche d’évacuation. La souffrance des survivants s’ajoute maintenant à l’inquiétude d’être achevés à Louvemont, ou Bras, ou d’être capturés. Les emmener, c’est les disputer une fois de plus à la mort. (2)

Mercredi 23 février 1916

Plusieurs tirs de barrage ont eu lieu dans la nuit. Les Allemands auraient pris le bois des Caures et démoli Bras. A Charny il y aurait 8 morts et 22 blessés. Tous les villages de la région ont été bombardé par les Boches : Bras, Charny, Montzéville, Cumières (le génie et l’artillerie ont eu là des tués et des blessés). Un dépôt de munitions a sauté à Charny. Saror, qui vient d’accompagner des malades à l’ambulance, nous apprend : «Avant-hier, à Charny, 21 tués et 42 blessés».(1)

Bras brûle. La section sanitaire automobile tente d’évacuer les blessés. La haute lueur toute proche éclaire devant nous la neige et les noirs squelettes des arbres. Un grand village détache à contre-jour sur le halo rouge les sombres masses de ses maisons basses, et, confusément visible par instants, une flèche d’église, courte et trapue. C’est, au coeur même du village, une ou deux maisons, peut-être davantage, qui brûlent, et sur le foyer de l’incendie les gros obus s’abattent en étincelants, avec les craquements sinistres du tonnerre.

Arrêt à cinq cents mètres du feu. Devant nous, une bifurcation : deux routes qui pénètrent d’ailleurs l’une et l’autre en plein village. Des fantassins qui reviennent du feu, épars, pressés, haletants car ils ont traversé le barrage au pas gymnastique nous distinguent et nous crient : «Les autos ! Prenez droite ! N’allez pas à gauche ! Ca tape, ça brûle !»

Et nous nous engageons sur le chemin de droite. Inévitables, ici, les trous de marmite. A notre gauche, les obus sifflent et craquent plus violemment. Par bonheur, des pâtés de maisons retiennent les éclats les plus dangereux, et ce n’est qu’une grêle de tuiles, de pierres et de menues ferrailles qui volent autour de nous et arrosent les autos. Après un sinistre carrefour que j’entrevois à peine, il y a des maisons qui restent encore intactes. A cent mètres de l’incendie et du marmitage intense, nous trouvons un petit quartier qu’on peut croire encore préservé et- très relativement- sûr. Garée au bord d’une maison blanche, une auto indique le poste encore maintenu d’un général et d’un médecin divisionnaire.(4)

24 février 1916

Sauf les retranchements aperçus au sommet de la côte du Poivre, je ne pus voir, en redescendant vers la Meuse, aucune trace de défense visible, pas un fil de fer, pas une tranchée, pas le plus petit ouvrage. Au seuil de Bras, un cimetière de soldats trop peuplé de croix, hélas ! mais organisé, soigné, ratissé avec piété, donnait à comprendre la vie tranquille qu’avaient longtemps vécue ici, à huit kilomètres des lignes d’avant l’attaque, les troupes au repos et les ambulances qui, sans doute, peuplaient le village. Mais aujourd’hui, c’est bien la dévastation et l’enfer des premières lignes.

Combien lugubre, au petit jour terne de ce matin, le village de Bras que nous devions traverser à nouveau, l’entassement gris des maisons ruinées et fumantes se détachant sur la plaine inondée et sur les terres blanches où surgissaient, à chaque instant, les énormes fumées des obus ! Un amas de poutres noircies, réduites à l’état de charbon, des tuiles brisées, des châssis de fenêtres s’entassaient aux bords de la route, mêlés à des poteaux télégraphiques arrachés et à de gros faisceaux de fils métalliques enchevêtrés. Et je ne saurais dire pourquoi, à quelques pas de l’incendie, je trouvais navrant ce contraste entre toutes ces choses ruinées et l’aspect resté à peu près normal d’une grosse maison encore intacte, où se lisait une réclame de chicorée imprimée en lettres noires.(4)

Le 25 l’ennemi enlève Champneuville, la côte du Talou et par Louvemont aborde la côte du Poivre que les troupes françaises évacuent précipitamment ; Il emporte Bezonvaux et s’infiltre dans le fort de Douaumont. L’ambulance établie à la sortie du village sur la gauche de la route de Louvemont est dans une situation critique. Ce n’est qu’un «faible abri bétonné construit sur la cave d’une pauvre maison basse», dans une rue constamment «marmitée». le médecin-chef a été tué ainsi que la moitié des brancardiers. Les hommes, «torturés par leurs blessures, brûlés par la fièvre mais échappés au combat, sentent maintenant l’ alternative ou d’ être achevés ici, par un obus, infailliblement dans un délai plus ou moins long, ou d’ être capturés par les Boches. Les emmener, c’est donc les arracher une deuxième fois à la mort». Mais le voyage de retour est aussi dangereux, sur la «route rétrécie encombrée de sinistre embûches qu’on devine plus qu’on ne les voit : cadavres, paquets de chevaux foudroyés, charrettes brisées, des fusils, des baïonnettes et des sacs». Ils laissent derrière eux «l’entassement gris des maisons ruinées et fumantes se détachant sur la plaine inondée et sur les terres blanches où surgissent, à chaque instant, les énormes fumées des obus».

Samedi 26 février 1916

(…). Le jour se lève clair. La terre sonne. Pas d’vent. Ces salauds de Boches ont toutes les veines. Dès 8 heures, ils bombardent avec leur immense matériel les hauteurs de la rive droite de la Meuse depuis Douaumont jusqu’à Belleville (…). Ce que reçoivent les forts de Marre, Belle-Epine, Vacherauville, Bois Bourrus, n’est rien à côté de ce que reçoivent les hauteurs de la rive droite, la côte de Froideterre surtout, où l’ennemi concentre son tir. Les hauteurs sont empanachées de fumée noire. Quelques panaches blancs. Quelques panaches roux. Quelques shrapnells blancs en l’air, mais surtout des «gros noirs» qui dégringolent par séries avec un bruit sinistre. On a fait sauter, cette nuit, le pont de Charny. Des obus voyagent, qui vont à Verdun(…). (1)

Lundi 28 février 1916

Les 155 longs de Lombut étaient à Bras. La nuit, ils ont enlevé leurs pièces. Le jour de l’attaque, ils ont tiré quatre coups. Repérés depuis longtemps, les obus ennemis les ont de suite entourés. Deux caissons, immédiatement, ont été démolis. (1) Ils ne passeront pas ! Le 20è Corps et ses émules ont sauvé la situation, sauvé Verdun et plus j’y pense, plus j’en suis convaincu, sauvé la France. Les Boches attaquent furieusement, toujours, mais ne gagnent plus rien. Douaumont, le village, passe de mains en mains. Le fort paraît rester aux Allemands. Mais les nôtres l’enserrent de plusieurs côtés.(4) Mardi 29 février 1916

«Si vous aviez vu la Meuse et le canal. Ils étaient blancs de poissons qui flottaient. Le spectacle était amusant de nos poilus les attrapant, s’écartant devant les obus trop proches, revenant, s’écartant à nouveau, et toujours gais».(1)

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