Il est d’autre part historique que les troupes campèrent à Bras avant leur entrée dans Verdun, et si notre Source du Roi trde Prusse tient son appellation de cet évènement, un acte de naissance de la mairie de Bras atteste la présence de cette armée sur le territoire de la commune, voir à ce sujet le BIB n° 8, qui mentionne également l’enfouissement des cadavres de l’année 1792, à savoir quatre hommes et quarante chevaux, besogne infecte qui prit trois jours et rendit malade plus d’un habitant qui en fut chargé.
Pour ce qui est de la noyade du hussard, il est vrai que du Wameau jusqu’à Charny les rives de la Meuse sont escarpées , au Breuil, le fleuve fait une boucle qui se rapproche à 150 mètres de la Fontaine du Goulot, laquelle présente toujours la forme et la dimension donnée par Goethe savoir une cuvette d’une dizaine de mètres, correspondant exactement aux trente trois pieds indiqués. Pour bien comprendre la situation géographique des lieux et l’apparente facilité de déplacement, il faut se rappeler que le canal ne séparait pas encore la douce pente de Froideterre et la verte plaine du Breuil, l’ensemble de ce paysage étant par conséquent occupé par le campement. Quant aux collines chargées de vignes et donnant d’un côté sur les faubourgs, et de l’autre «cachant à nos tentes la vue de Verdun», on y reconnaît aisément la côte de Belleville.
Concernant l’affaire des jeunes filles, Goethe ne la situe qu’à l’arrivée du roi dans Verdun, sans préciser le don de dragées, disant : «Quatorze jeunes filles, les plus belles et les mieux élevées, avaient souhaité à Sa Majesté la bienvenue avec d’agréables discours, des fleurs et des fruits»; cependant il prend soin d’envoyer quelques cornets de notre précieuse friandise en Allemagne par le courrier spécial chargé de rendre compte de l’avancée de la campagne, «pour convaincre que les pèlerins, parcouraient un pays où l’esprit et la douceur ne feraient jamais défaut.»
Il ne parle pas non plus de ce que le natif du pays appellera de par son sens de l’ironie populaire et dans son légitime souci de vengeance «la courrée prussienne», à savoir la dysenterie, qui affecta l’occupant faute d’eau potable en quantité suffisante, ajoutée à des conditions climatiques déplorables. Epidémie qui aurait considérablement affaibli la force physique et le moral des hommes. Les premiers malades, dont plusieurs centaines seront laissés au château de Grandpré, «abandonnés à l’humanité de l’ennemi», se rencontreront donc au retour. Ils sont encore cités le 8 octobre sur la route de Verdun, où la dormeuse, «triste lazaret ambulant» transporte le valet de chambre du duc et un gentilhomme sauvé de l’hôpital de Grandpré, tous deux atteints du «mal général», et encore le 25 à Trêves, où l’auteur parle de «maladie générale», usant chaque fois de l’article défini qui indique combien celle-ci était connue et installée. Jamais, et c’est étonnant pour cet esprit encyclopédique, Goethe n’évoque le nom du mal, les mots épidémie ou contagion, ou n’en indique les symptômes qui auraient permis son diagnostic, si ce n’est que la cuisinière à qui il avait confié un livre, le reconnaît mais ne peut lui parler.
L’histoire n’en finit jamais de nous surprendre, et quand elle croise la littérature bien des découvertes nous sont certainement encore réservées. Qui aurait cru que ce coin perdu de notre verte campagne, et ce trou où l’eau fraîche et claire débouche abondamment de nulle part, au milieu des vaches Salers broutant l’herbe tendre, témoins uniques et indolents de leur agreste beauté, ont été un jour le cadre d’une émotion scientifique dont l’acteur n’était autre qu’un grand de notre littérature internationale.
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