Un village, des personnes, des chiffres en 1996

La vie d’une localité évolue lentement, parfois plus brusquement, ainsi notre village endormi sous le poids de la routine, se réveille un beau matin au bruit des engins de terrassement et l’on voit pousser un lotissement tout neuf avec, autour, cette agitation qui caractérise pendant des mois cette catégorie d’humains zélés des nouveaux propriétaires.

Constructions neuves d’un côté, disparition de traditions d’un autre, peu de gens assistèrent ces dernières années au contrôle des chevaux pratiqué par les employés des haras de Rozières-aux-Salines qui se déplaçaient à Bras pour examiner et noter les juments et poulains ardennais, au nombre d’une quinzaine, alignés entre les marronniers de l’église. Spectacle aussi émouvant qu’archaïque qui n’aura plus lieu, les « lourds » aux larges sabots et au caractère si placide ayant quitté Bras. Dernière survivance d’une vie plus naturelle, quoique certainement plus dure. Y gagne-t-on toujours ? L’effort et le mérite ne sont-ils pas aussi sources de valeurs ?

Les chevaux s’en vont et les vaches suivent ! Non, ce n’est pas la Camargue. Bras compte encore ce jour, soirée chaude du début juin, deux troupeaux Salers et Pie Noire, dont le second transhume encore tous les soirs vers six heures, heure de la traite, à travers une rue du village. En 1984 il y avait encore cinq troupeaux laitiers au village. Plusieurs éléments ont eu raison de leur sort : retraite, restructuration d’exploitation, réorientation vers la production céréalière. Jean Yves Arnoux, jeune agriculteur, succède à tonton Bernard et envisagerait de moderniser son exploitation et donc d’abandonner cette forme traditionnelle d’élevage qui on le sait fut mise au point par l’homo sapiens. Mais pas folles, les vaches du Jean-Yves n’iront pas à l’abattoir. Elles se sont trouvé une nouvelle pension dans la commune voisine, rejoignant un troupeau important installé dans des bâtiments récents et rationnels.

Ils étaient trois exploitants il y a encore deux ans. Ils sont deux aujourd’hui, inquiets comme tout le monde devant les mutations de ce siècle et se lançant parfois dans la nouveauté pour braver la routine mais surtout pour saisir les chances de demain. Ainsi Dominique Santin explique comment et pourquoi il se lance avec d’autres aventuriers dans la culture inconnue jusqu’alors de ce mythique rhizome bourré de santé : le ginseng. Quant à Marc Guillaume, il propose depuis des années à la clientèle la cueillette libre de fraises à la sortie du village, rue Lecourtier.

Deux agriculteurs ne font pas tout un village. Même si leur présence est peut-être la dernière barrière au déclassement d’une commune en cité dortoir. Bras était pourtant essentiellement rural à savoir qu’autour de l’activité strictement agricole fourmillait tout une vie sociale (cf Evolution de l’économie de 1939 à 1962).

En 1977, les agriculteurs sont selon un document communal : Olivier frères, Arnoux frères, Marcel Colson, Lorrain frères et Duché père et fils.

L’artisanat se compose de MM. Luc Sevette, plomberie et couverture depuis 1972, Ortis frères, maçons depuis 1970 et Marion, maçon depuis 1965.

Le commerce rassemble MM. Jean Grenier au café-tabac-station essence depuis 1954, Henri Dupont, restaurateur-cafetier-station essence-banquets, Lucien Lambert, successeur d’Henri Janin en 1968 au négoce de fuel-charbon-ramassage des ordures ménagères jusqu’en 1987, Pognon père puis fils pour les produits agricoles et graineterie de 1936 à 1991. Louis Nahant installe en 1971 son entreprise de fabrication et pose de charpentes et menuiseries de bâtiment; créée en 1960 à Belleville et occupant alors 40 salariés. Elle fermera en 1986.

La coopérative agricole de la Meuse emploie 100 personnes. L’Union Laitière de la Meuse, installée en 1970 emploie 25 chauffeurs pour 20 camions, collecte 220 000 litres de lait par jour. Non transformé sur place, ce lait donnera du Brie en cru, le Carré de l’Est et de la poudre de lait infantile.

L’office National des Forets, route de Douaumont, gère une pépinière avec M. Magnien, technicien forestier assisté d’Alain Colnart, agent forestier.

L’Institut Rural s’installe en 1968, devient mixte en 1970. Il faut noter qu’il augmente la population dite « fixe » de la commune d’une moyenne de 60 habitants dits « épars ».

Si l’on déplore trop souvent des départs, il faut aussi se féliciter des installations. Ainsi, récemment, la commune s’est enrichie de 3 établissements : le taxi Philippe Jacquet, le commerce -dépannage en matériel electro-ménager de Claude Dornier, qui s’installe dans l’ancienne graineterie Pognon et y remplace un éphémère commerce de véhicules d’occasion, et enfin le retour du couvreur-charpentier Bernard Pirot.

Les autres artisants résidents de la commune sont : Martial Béchamp, peinture et vitrerie, André Faivre, mécanique générale, Gisèle Leclaire, coiffure, l’atelier de bijouterie SARL Collin, le café de la Paix de Pierre Mathis qu emploie une cuisinière, Josette Arondelle, l’entreprise familiale café-restaurant -station essence du Centre d’Henri Dupont. Le Dr Patrick Anciaux est médecin à Bras depuis juin 1987.

Dans les locaux de l’ancienne menuiserie trois sociétés se partagent l’espace : ALTAPLAST vente de produits PVC pour la construction, la SAM, Société Auxiliaire de Métallerie, conception et pose de menuiserie et serrurerie alu et PVC qui emploie 14 personnes et la société Pellin, traitement de charpentes, couverture-zinguerie-isolation, qui emploie 11 personnes et 1 apprenti. Bras s’honore aussi de la présence d’entreprises de taille industrielle.

EMC2, coopérative agricole, étend les multiples facettes de cette activité : collecte, stockage, commercialisation de céréales et d’oléo-protéagineux. distribution de produits agricoles, engrais, semences, aliments pour bétail, produits phytosanitaires, équipement agricole, produits de jardinage et de bricolage, produits pétroliers.-production d’aliments pour bétail à travers UCALIB, d’engrais liquides à travers AZOLOR, de semences à travers SEMLOR. EMC2 emploie 363 personnes dont 146 sur le siège de Bras.

L’ULM, Union Laitière de la Meuse, occupe 125 personnes dont 100 sur le siège de Bras en comptant 40 chauffeurs-ramasseurs de lait qui transportent 700 000 litres de lait par jour depuis les 1 048 producteurs, lesquels étaient 2 200 en 1984. Filiale de l’ULM, Selecta assure avec ses 10 camions magasins la vente à domicile de produits frais et occupe 12 personnes.

Et enfin le Groupement de Producteurs Bovins de la Meuse.

Dans le domaine de la formation, l’Institut Rural occupe le « château Lecourtier » et porte le nom de Bras bien au delà des limites du département. Neuf formateurs encadrent les 60 élèves mixtes de la structure qui compte également un directeur, une secrétaire, Anne-Marie Vautrin, et une maîtresse de maison, Françoise Roux.

La commune emploie une secrétaire de mairie, Catherine Watrin, qui remplace Lydie Velain en retraite cette année après une carrière de 34 ans et un agent d’entretien territorial, Jean Bernard Roux, depuis 1991, aidé depuis peu par Jacques Humbert, 5 matinées par semaine dans le cadre d’un contrat emploi-solidarité. Paulette Schoepps est employée par le Syndicat Inter Scolaire comme agent d’entretien et assistante maternelle à l’école maternelle et Nicole Rollin comme agent d’entretien pour l’école primaire et par la commune pour les locaux de la mairie et la distribution du courrier. Nos écoles offrent 3 postes d’enseignants occupés par Guy Durey, Yolande Saint Paul et Monique Rousseau.

Nous avons perdu en 1995 notre poste de curé avec le départ à la retraite de l’abbé Rogé, qui reste en son presbytère avec sa gouvernante Albertine Lavigne, après 65 années de sacerdoce dont 37 en notre paroisse, désormais administrée dans le cadre d’un regroupement paroissial par l’abbé Yves Halbin, curé de Thierville.

Ainsi la vie communale existe bien à Bras, et le Bulletin d’Information de Bras (BIB) n’en est qu’une des preuves, dont il se fait régulièrement le fidèle reflet. Notre village a souffert de la proximité de la ville, et surtout de la vie moderne certes, mais il faut se rendre à l’évidence que les communes plus éloignées sont bien plus touchées. La proximité n’est pas seulement un facteur aggravant ; elle entraîne au contraire une population urbaine désireuse de paix et de nature à s’installer à la campagne proche, préoccupation aussi légitime que nécessaire à l’équilibre de ceux qui restent attachés à leurs racines et leur vérité profonde et qui luttent à leur façon avec leurs moyens contre les mutations inéluctables, parfois cruelles, de la géographie humaine. Fin de siècle, fin de millénaire, fin d’une ère…