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Bras sur Meuse

L’élevage

Le troupeau communal

Le troupeau communal a une existence très ancienne. Du Moyen Age au siècle dernier, l’élevage des moutons et des porcs est la seule activité véritablement pastorale dans le Verdunois. La viande de porc est une nourriture fondamentale, plus recherchée que celle des bovins. Le mouton est un don du ciel. Animal du pauvre comme du riche, il fournit viande, lait, laine et fume les champs. Il aime les sols secs, or les plateaux calcaires couvrent environ un tiers du département de la Meuse . En 1602, la charte d’Eric de Lorraine accordée aux religieuses de Saint Maur à Bras confirme sa présence.

Les cultivateurs, mais aussi les manuvres ou artisans possesseurs d’un petit bien, peuvent mettre quelques moutons au troupeau commun. S’ils ne possèdent pas les fonds nécessaires, ils ont la faculté de recourir au «layage» ou bail à cheptel. Un propriétaire, plus souvent un maquignon, met ainsi fréquemment 4 ou 5 bêtes «en laisse» chez un manœuvre ou un bûcheron qui les nourrit en les envoyant au troupeau. Durant le bail, la laine des animaux est partagée, à l’exception de celle des agneaux qui revient au preneur . La répartition des bêtes se fait au bout de 2 à 3 ans, selon les clauses du contrat, consigné par écrit.

Plus qu’aux conditions naturelles, le troupeau communal doit son existence au système agraire alors en usage et à l’organisation sociale des communautés villageoises, rendant cet élevage peu coûteux. De telles coutumes, associées à la multiplication des baux à cheptel, permettent à beaucoup, et notamment aux plus pauvres, d’avoir du bétail et de subsister. Mais souvent mal nourri , il est peu productif, menacé de plus par les fréquentes épizooties. La médiocrité de l’élevage explique l’insuffisance du fumier, si convoité que sa hauteur au devant de l’habitation indique l’aisance du propriétaire.

Tous les exploitants ont leurs propriétés dispersées sur l’ensemble du territoire. La nécessité, vu les faibles rendements, d’avoir un maximum d’espaces cultivé en céréales engendre l’obligation de cultiver simultanément les mêmes plantes dans une même portion, la sole appelée chez nous roie,, en suivant l’assolement triennal : blé, avoine ou orge, jachère. La communauté décide de la date du début de la moisson,le ban. La récolte rentrée, l’ensemble de la sole est ensuite livré à la vaine pâture. La période d’alimentation à la bergerie se réduit donc à la seule saison d’hiver, le plus souvent en appoint. De l’ensemencement jusqu’aux récoltes, les bêtes sont conduites dans les pâquis communaux, réserves d’herbe où l’on peut les mener en tout temps. Le pacage forestier est tout aussi important. L’exiguïté des prés oblige les communautés à envoyer les bêtes paître dans les bois en complément des pâquis, en particulier sur les lisières forestières. Les porcs notamment, dont la vaine pâture dans les prés est interdite, trouvent leur principale pitance dans les bois communaux ou dans les bois seigneuriaux. La période d’alimentation à la bergerie se réduit donc à la seule saison d’hiver, le plus souvent en appoint. Car si l’on excepte les jours de grand froid, le troupeau, même par temps de neige, sort quelques heures et broute çà et là un peu d’herbe dans les prés.

A la veille de la première guerre mondiale, les caractères de l’élevage se modifient. Le porc voit ses effectifs régresser. En 1912, on en compte 60 000 en Meuse, pour 115 000 en 1882. La baisse considérable du prix de la laine et la disparition de l’artisanat rural font abandonner les moutons pour une vache à bien des petites gens. Beaucoup de manœuvres quittent le pays à mesure que la vulgarisation des machines agricoles rétrécit leur champ de travail. Le système agricole s’est altéré et les cultivateurs commencent à « dessaisonner ».Le déclin de la viticulture réduit également le nombre d’éleveurs. La disparition progressive de la vaine pâture, mettant un terme à bien des litiges, diminue les ressources en herbe. Elle desserre aussi de nombreux liens de solidarité au sein des campagnes, et supprime tout un ensemble d’habitudes et de traditions qui plongeaient leurs racines dans le passé.

Mais les ovins ne disparaissent pas pour autant de notre localité. Après la première guerre mondiale, M. RICHARD puis M. PIERSON et après lui ses trois fils reprendront le métier de berger, l’un à Vacherauville, les deux autres à Bras jusque dans les années 60.

Dans les années 30, Bras compte 9 cultivateurs possédant en moyenne 12 à 13 vaches chacun, et 5 ou 6 manuvres qui en ont quelques unes. Quatre des fermiers s’associent aux manuvres pour rétribuer les services de 2 gardiennes, Berthe HAUMONT et Thérèse ROUYER, originaires du village. Ils louent à la commune Le pré sous Bras, l’Etang, Vicourt et le Pré Loison, lui versant une certaine somme par vache conduite. L’été, les deux femmes ramassent une soixantaine de bêtes pour 8 heures et les ramènent vers 11 heures. Elles les reprennent vers 16 heures 30 après la traite jusqu’à la tombée de la nuit. A partir du mois de septembre et durant toute l’arrière saison, les bêtes passent la journée dehors depuis la traite du matin jusqu’à celle du soir. Les autres cultivateurs s’occupent seuls de leurs bêtes et transforment peu à peu leurs champs en parc pour éviter des frais de garde onéreux.

Après la seconde guerre mondiale, la garde groupée disparaît définitivement.

Le berger communal

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La concentration des habitations rurales facilite l’entente et permet à la communauté villageoise de regrouper l’ensemble de son bétail et de confier à un seul gardien, aidé de 2 bons chiens, le soin de le surveiller dans sa quête de nourriture. Le berger peut également élever des moutons jusqu’à concurrence d’un maximum fixé souvent dans le contrat de location. A Bras, 1 hectare sur les 11 que compte le pâquis de Rozière lui est abandonné à titre de gratification pour être cultivé. D’après Millet, on porte le vin chaud au berger quand il lave les moutons et on l’accueille aux quêtes traditionnelles de Noël, du nouvel an, de Pâques et de la fête patronale. Il reçoit lors de ses «tournées» des œufs, du lard, du fromage, du beurre, exceptionnellement de l’argent. Un bail, de durée variable, stipule les conditions de mise au troupeau. Il est fait deux troupeaux : le premier regroupe les moutons et les chèvres, l’autre les porcs. «Au coup de clairon du pâtre, les bêtes lâchées se précipitent dans la rue bordée de deux rangées de maisons contiguës et le départ «aux champs» s’effectue aisément ; au retour, d’eux-mêmes, les moutons se pressent à la nuit tombante à la porte de la bergerie et le même signal avertit du retour les propriétaires ; une marque aux initiales de chacun d’eux aide à retrouver une bête exceptionnellement égarée».

Après la première guerre, M. RICHARD possède encore 1000 moutons au village provisoire, répartis en 2 bergeries gardées par un berger chacune. Il quitte notre commune en 1926.

Sensiblement à la même époque, Emilien PERSON, bourrelier originaire de Récicourt, se reconvertit dans la profession de moutonnier. Il acquiert une maison route de Douaumont ( maison RAFFA) où il installe sa bergerie. Ses 300 bêtes paissent sur ses terres à Savonnière, sur l’Etang , sur celles des communes environnantes ou en lisière des bois de la zone rouge. Encadrés par ses 2 chiens, les moutons sortent tous les jours. L’été, ils dorment à la belle étoile, parqués dans un enclos qui permet au berger de regagner son logis. L’hiver, ils rentrent le soir. L’agnelage commence début décembre. Les nouveaux nés restent alors avec leurs mères au chaud à la bergerie où ils sont nourris deux fois par jour (fourrage, grain, betteraves coupées au coupe-racines). Le berger doit faire la fenaison pour avoir le fourrage et les céréales qui lui sont nécessaires. Les agneaux blancs (enfermés sans marcher) seront vendus à Pâques. Les autres seront lâchés avec le troupeau et vendus plus tard. La tonte, fin mai – début juin, attire beaucoup de promeneurs ou de pèlerins curieux. La laine est vendue à la Coopérative lainière de Reims.

Ses trois fils reprendront le métier après lui, l’un à Vacherauville, les deux autres à Bras jusque dans les années 60.

La traversée d’un troupeau de moutons dans notre village relève désormais du folklore, attirant les habitants aux fenêtres, et immobilisant pour un court moment les automobilistes pressés. Dans notre région, Daniel Weilslinger reste seul à pratiquer la transhumance. Ayant tout appris de son père, berger avant lui, il garde les bêtes depuis l’âge de 14 ans. En 1994, il a abandonné sa caravane pour une maison proche du terrain de manœuvres de la Chaume. Rarement plus de deux jours sur le même territoire pendant leur errance, ses brebis mérinos de l’Est paissent là six mois de l’année à la faveur d’un bail de 5 ans passé avec l’armée.

 
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