Poésie

Extrait du «  Courrier de Verdun «   du 27 juillet 1894.

A L’ARBRE DE VIOLARD

A travers la victime au superbe courage

Qui, s’adossant à toi, sans bandeau sur le front,

A la mort présenta son ferme et haut visage,

Les balles, ô noyer, te percèrent le tronc.

Ta blessure longtemps saigna dans ton écorce ;

Avec la France hélas ! tu paraissais mourir ;

Puis, rassemblant comme elle et ta sève et ta force,

Comme elle aussi tu sus vaillamment te guérir.

Dans ton bois est restée une balle assassine

Ainsi qu’en notre esprit le souvenir des maux ;

Mais le sang du martyr arrosa ta racine

Et c’est ce flot ardent qui monte en tes rameaux.

Aujourd’hui, fier et fort, orgueil de la clairière,

Avec ta cicatrice auguste sur le cœur,

Tu montres, élevant ton front dans la lumière,

L’image de la France exultant de vigueur.

Arbre sacré, grandis et protège la pierre

Qui se dresse à ton ombre en l’honneur du martyr ;

Balance ton feuillage au-dessus de la terre

Qui reçut son cadavre, et vis pour reverdir !

Oui, plonge ta racine en la terre de France,

Pour mieux braver les vents qui souffleront du Nord ;

Et que tes floraisons nous chantent l’espérance,

La volonté de vivre et le dédain du sort.

Le noyer n’existe plus. Mais un tronc de ciment d’environ un mètre de haut se dresse à l’arrière du monument. Renfermerait-il des restes de l’arbre ?