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C’est la filière techniquement la plus compliquée, elle n’est pas à la portée des amateurs. Elle consiste à faire fermenter le sucre (ou l’amidon) contenu dans différentes denrées agricoles (céréales, betteraves, canne à sucre etc.) pour obtenir de l’alcool. Il faut alors concentrer, déshydrater cet alcool pour obtenir de l’éthanol. Les moteurs à essence existants peuvent accepter jusqu’à 10% d’incorporation. Au delà, il faut disposer d’un moteur polyvalent «flex fuel» qui a été présenté à grand renfort de battage médiatique par notre ministre de l’agriculture à l’occasion du dernier Salon de l’Automobile. Ce moteur est capable de reconnaître la composition du carburant qu’on lui fournit pour adapter ses réglages en conséquence. Il peut consommer de l’EB 85 (qui contient, vous le devinez, 85% d’éthanol). Alors si ça vous tente, courrez chez votre concessionnaire Ford et essayez la Focus bioflex; mais attention, vous ne pourrez pas encore faire le plein à Verdun!
C’est la filière des produits agricoles contenant de l’huile: colza et tournesol essentiellement pour nos régions. La première étape de ce processus est simple: vous prenez des graines de colza, vous les mettez dans une presse, il en sort de l’huile, comme chacun a pu le voir par exemple à la foire de Verdun en 2005. Cette huile, une fois filtrée, peut être additionnée au gas oil de votre voiture (mais vous n’avez pas encore le droit aujourd’hui) ou au fuel de votre tracteur. Formidable, non? Pas vraiment. D’abord, l’huile de colza est épaisse et lorsqu’il fait froid, elle ne coule plus bien, au point qu’elle peut rester figée dans le réservoir. Deuxièmement, pour obtenir un litre d’huile, il faut presser environ 3 kg de graines et on obtient après pressurage environ deux kilos de tourteaux. Pour que l’opération soit globalement rentable, il faut pouvoir «valoriser» ces tourteaux dans l’alimentation animale. Alors si l’on voit ici ou là des agriculteurs se doter de petits équipements individuels, la filière industrielle va plus loin en faisant subir à l’huile végétale une trans-estérification à l’aide de méthanol. On obtient alors un produit stable, homogène et de qualité régulière, le diester, qui peut être incorporé facilement au gasoil.
-En terme de lutte contre la production de gaz à effet de serre, les résultats sont probants: selon l’ADEME, l’éthanol permettrait une réduction d’émission de gaz carbonique de 60% et cela irait jusqu’à 80% pour le biodiesel. Signalons toutefois que certains remettent en cause l’intérêt global des biocarburants arguant du fait que l’énergie consommée en amont pour produire un hectare de culture énergétique serait équivalente à l’énergie produite.
-En terme de rentabilité, rien n’est gagné puisque même lorsque le pétrole est cher, les carburants d’origine agricole ne sont concurrentiels que s’ils sont partiellement défiscalisés. Un manque à gagner donc pour l’Etat qu’il faudra bien compenser.
-En terme de disponibilité des produits agricoles, c’est contre toute attente le grand bouleversement. En effet, si l’idée des carburants verts est née entre autre des excédents agricoles, la tendance actuelle du marché mondial des céréales et des oléagineux s’est inversée: la consommation augmente, la production stagne, les stocks diminuent et les cours s’enflamment! Ainsi les cours des produits qui peuvent avoir une destination énergétique ont augmenté de 20 à 30% depuis l’été dernier! Heureusement il reste une marge de manœuvre, c’est la possibilité d’affecter une partie des terres en jachère à la production de cultures énergétiques (la surface nécessaire à la production de biocarburants représenterait pas moins de 4% de la surface agricole française! ). -L’autoconsommation par les agriculteurs d’huile se heurte aux normes européennes. En effet, on impose aux motoristes des contraintes de plus en plus sévères en matière de propreté des moteurs. Ainsi la norme Tier 3 va obliger les motoristes à recourir à la technique de la «haute pression d’injection» comme sur les moteurs diesels de nos voitures et ce système d’injection ne peut fonctionner avec de l’huile comme carburant. Dommage. Il n’y a donc que nos vieux tracteurs, ceux qui ne font plus beaucoup d’heures qui pourront auto consommer de l’huile agricole.
Quoi qu’il en soit, la France a décidé de miser sur la production de biocarburants pour atteindre des objectifs encore plus ambitieux que ceux qu’impose Bruxelles puisqu’elle vise un taux d’incorporation de 7% en 2010 et 10% en 2015. De grosses unités vont se mettre en place, cofinancées souvent par les coopératives agricoles. Le Bassin Parisien, la Picardie, la Lorraine sont des de fortes régions productrices et elles se voient attribuer 3 usines comme nous le montre la carte si contre. Il faut y ajouter le site de Bazancourt au Nord de Reims qui dès 2007 va produire 120 000 tonnes d’éthanol à partir de betteraves.
Une chance pour notre région! A Baleycourt Ineos exploitait une petite unité de production d’ester d’huile végétale (à partir d’huile de colza venue d’Allemagne). Grâce aux agréments successifs accordés par le ministre de l’économie et des finances, cette production va être portée à 200 000 tonnes et va justifier la mise en place d’une unité de trituration de 400 000 tonnes de colza! Pour avoir un ordre de grandeur, la production de colza de notre département s’établit à environ 150 000 tonnes (on avait dit pas trop de chiffres); les retombées économique pour notre région vont être très larges, notamment en terme d’emploi.
Le groupe PROGILOR qui exploite l’équarrissage de Charny a déposé un intéressant projet qui consisterait à produire de l’ester d’huile animale (équivalent à l’ester produit avec du colza) à partir des graisses issues de cadavres d’animaux collectés. D’une capacité de 80 000 tonnes d’ester, il nécessiterait l’embauche de 25 personnes.
La recherche ne s’arrête pas! De nouveaux procédés de fermentation ligno-cellulosique devraient permettre de produire de l’éthanol à partir de la biomasse: paille, bois, déchets agricoles ou alimentaires. Certaines cultures comme le miscanthus pourraient être mise en place pour alimenter cette filière. La production de méthane à partir du fumier ou du lisier semble aussi une piste intéressante, mieux exploitée dans les pays du Nord de l’Europe qu’en France.
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