Cette forêt renferme les principaux lieux historiques de la guerre 1914/18 : Douaumont, Fleury, Mémorial, Ossuaire et de nombreux forts et vestiges de guerre. La partie centrale du champ de bataille est classée site historique. Une zone de 200 hectares face à Douaumont n’a pas été reboisée pour laisser les lieux en état. Ainsi la forêt de Verdun est l’une des plus visitées de France. De nombreuses aires de pique-nique et sentiers balisés sont à la disposition des promeneurs et relient tous les hauts lieux historiques.
Elle occupe une place très importante dans la vie du massif de Verdun qui est classé chasse pilote depuis 1968. Depuis 1978, une chasse par licences dirigées gérée par l’Office National des Forêts couvre les 3000 hectares sud du massif, la zone la plus historique. Les buts de cette chasse sont multiples : respect de l’éthique de la chasse, respect de l’histoire, respect du tourisme, respect des autres usagers de la forêt et gestion du grand gibier. Cette chasse par licences de réputation nationale reçoit de nombreux visiteurs, chasseurs venus chercher des modèles de gestion, principalement en ce qui concerne le sanglier, gibier roi de ce massif. Des études scientifiques sont menées depuis plusieurs années (marquage de marcassins, étude de procédés de lutte contre les dégâts, recensement de populations animales etc.). L’ONF s’investit beaucoup dans ce domaine en réalisant aussi 40 hectares de cultures, une véritable ferme dont la récolte chaque année est totalement destinée aux animaux.
Le chevreuil est assez bien représenté sur le massif. Si ses densités peuvent encore être augmentées, il s’agit cependant de se montrer vigilant et ne pas atteindre des densités incompatibles avec l’objectif de régénération feuillue menée à grands frais.
Et le problème s’accentue avec la présence du cerf. De quelques unités dans les années 70, excentrées par la surpopulation autour de Belval, le cheptel atteignait en 1992 plusieurs dizaines d’animaux. Cette population doit être contrôlée pour ne plus s’accroitre sous peine d’annulation de nombreux efforts de régénération. Ne perdons pas de vue que Verdun est une forêt jeune, fragile, en complète mutation.
Les chasses se pratiquent essentiellement en battues hivernales. Cependant deux sociétés dont l’ONF font de plus en plus pratiquer le tir sélectif d’été pour éliminer les brocards déficients ou malades.
Dans la balance financière, la chasse a une très grande importance sur le massif de Verdun et ses bénéfices aident à l’entreprise de reboisement.
La chasse est indispensable. Sans elle, en quelques années, les peuplements feuillus seraient totalement détruits, les cultures riveraines rendues impossibles. Mais cette chasse doit être rigoureuse et indispensable : étude des populations, surveillance anti-braconnage, plans de prélèvements, recherche au sang du grand gibier blessé etc. Souvent mal considérée ou critiquée par méconnaissance ou incompétence, la chasse a encore sa place dans notre monde moderne. Elle n’est plus cueillette mais gestion. Elle se doit ainsi d’être tolérée sinon respectée par les autres usagers.
La chasse ne « prend » que quelques dimanches et mercredis hivernaux. Les battues sont signalées par des pancartes en général respectées par les promeneurs. Une forêt domaniale n’appartient pas à tout le monde. C’est un domaine privé de l’état soumis à la réglementation du code rural et du code forestier. Ainsi tout n’y est pas permis. La chasse, seul loisir payant y est fortement réglementée. Pour ce qui concerne les autres utilisateurs, passons quelques activités en revue.
La moto, verte ou non, les automobiles, 4X4 ou non ne sont pas admises en forêt (arrêté ministériel). Toute circulation de véhicule à moteur y est d’ailleurs interdite, exceptée aux usagers. Ainsi tout véhicule surpris sur les lignes ou allées forestières verra son propriétaire amendable.
Le vélo tout terrain, à la mode, est toléré sur les lignes et chemins parcellaires et interdit à l’intérieur des parcelles. Des études ont été menées pour en définir les limites car là aussi de nombreux abus ont été constatés. Dans le même contexte des pistes cavalières sont à l’étude afin de canaliser les pratiquants sur des circuits définis.
Le ramassage des fleurs ou des champignons est autorisé (attention aux véhicules), mais sans but lucratif. Celui des escargots n’est autorisé qu’après le 30 juin avec une taille minimale. Par contre la recherche de tout vestige de guerre est fortement réprimandée.
L’entrainement de chiens de traineaux est accepté à dates et circuits fixés par l’ONF.
Quant au ski de fond, dès que le sol est (rarement) blanc, des hordes de pratiquants envahissent tous lieux et n’acceptent personne d’autre. Pour eux il faudrait cesser toute activité en forêt. Ce n’est pas possible : les bûcherons et ouvriers forestiers doivent travailler, les animaux doivent se nourrir et en période de chasse les chasseurs doivent impérativement remplir les quotas fixés par arrêté préfectoral. Un essai avait été tenté : arrêter les activités de chasse sur une zone déterminée par temps de neige pour y accepter tous les skieurs, lugeurs et autres amoureux du grand froid. Les résultats furent positifs et la méthode pourrait être reconduite.
En résumé beaucoup de choses sont possibles en forêt. Il n’y a pas d’utilisateur privilégié, tous ont leur place et si chacun y met du sien tout le monde y trouvera du plaisir. Mais aucun n’a tous les droits au détriment des autres. Avec tolérance et compréhension chacun trouvera sur le massif de Verdun le plaisir qu’il recherche. La liberté des uns finit où commence celle des autres. Que chacun garde toujours présent en mémoire que cette zone est une zone de combats avec de nombreux morts ensevelis, nos aïeux, et qu’ils méritent qu’on les respecte dans ce cimetière géant et naturel.