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    26/01/2016
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L’ouvrage de Froideterre

Le 22 juin 1996, une évocation historique rassemblait sur les hauteurs de la Côte de Froideterre une centaine de pèlerins venus, à l’invitation de l’Association Nationale du Souvenir de la Bataille de Verdun» et de «Connaissance de la Meuse», partager un moment sur les hauts-lieux du souvenir, et évoquer tout particulièrement les combats des 22 et 23 juin 1916 qui, 80 ans plus tôt, jour pour jour, heure pour heure, enveloppèrent l’abri des Quatre Cheminées et l’ouvrage de Froideterre. Le texte qui suit nous invite ainsi, quelques années plus tard, à refaire, comme les arpenteurs de l’histoire présents ce jour, un nouvel «Arrêt sur mémoire». «Froideterre, Souville, la Laufée, autant de môles qui ne cédèrent pas dans ces luttes désespérées. Sur le champ de bataille bouleversé, ils furent comme des rocs inébranlables où la défense put s ‘accrocher. Ainsi, la fortification permanente a rempli son rôle : elle est restée debout, en état de faire sentir une action efficace, quand tout, autour d’elle, était emporté».Par ces mots pensés alors que Froideterre sortait à peine de la tourmente, le général Pétain exprimait la reconnaissance du soldat de Verdun pour ces blocs de béton et d’acier, remparts et forteresses, réduits ultimes, refuges des hommes abandonnés sur un terrain de bataille broyé sans relâche par le déluge d’obus.

L’histoire de Froideterre débute 46 ans plus tôt, en 1870. En septembre de cette année, l’artillerie prussienne, depuis des proches hauteurs, accable d’obus explosifs la ville assiégée, et par sa portée, sa puissance et sa précision, démontre le caractère obsolète de la place forte de Vauban.

En 1871, l’Alsace Lorraine est annexée. Verdun est alors à 35 kilomètres de la nouvelle frontière de l’Est. Elle devient un avant-poste frontalier de la «Revanche», et se voit intégrée comme point d’appui majeur dans le nouveau système de défense des frontières initié par le général Serré de Rivières. Ce dernier, secrétaire du Comité de Défense et Directeur du Génie, juge la position de Verdun prioritaire comme appui nord du rideau fortifié des Hauts de Meuse et du verrou d’interdiction sur la vallée de la Meuse et vers l’Argonne. La position est en outre relativement aisée à aménager, un cercle de hauteurs pouvant être mis à profit sur les plateaux bordiers des deux rives de la vallée enserrant la cuvette de la ville. Un anneau de défense constitué de forts détachés est alors projeté autour de la ville dont la citadelle, renforcée comme fort d’arrêt, reste l’ultime réduit.

Les travaux, engagés dès 1874, vont alors s’étager sans répit pendant quarante années. De 1874 à 1914, postée face à la ville de Metz que l’occupation allemande transforme aussi en un redoutable camp retranché, la place de Verdun ne cesse de croître en importance, augmentant et modernisant sans relâche ses installations et donnant naissance à l’aube de la Grande Guerre au plus puissant camp retranché français. En voyage à Verdun au début du siècle, Ardouin-Dumazet nous en livre une saisissante description (Le voyage en France, série 21, 1904. p 353-354) : «Voici Verdun. La gare est entourée de voies militaires, de hangars, de parcs d’artillerie. La plupart des voyageurs sont des troupiers ; dès les premiers pas on ne rencontre guère que des uniformes (…). La ville est du reste un immense camp dont on juge bien quand on le comtemple des hauteurs de Belleville.

L’aspect de cette positon est unique (…). Une sorte de cirque immense, formé de pentes raides couvertes de vignobles et de maisons. De distance en distance, des mamelons coupent l’uniformité du tableau ; chacun d’eux est coiffé d’un fort, tous ces forts sont reliés par des batteries et des abris pour l’infanterie; des voies ferrées les réunissent. Au fond, tout au fond de l’immense hémicycle, Verdun tout petit, dort autour de sa cathédrale, au pied de sa citadelle. Aucun site militaire, pas même les forteresses de montagne comme Grenoble, Briançon ou Besancon, n’est aussi saisissant que celui-là. C’est formidable et effrayant.»

Dans ce dispositif qui aligne 43 forts et ouvrages principaux et plus de 200 autres éléments destinés au soutien de ces points d’ancrage, Froideterre occupe une position de premier ordre. L’ouvrage se trouve en effet au débouché d’une importante ligne topographique, la Côte de Froideterre, partagée à hauteur de l’ouvrage entre les communes de Bras sur Meuse et de Fleury devant Douaumont, et s’étirant du fort de Douaumont jusqu’à la Meuse. Depuis cette situation exceptionnelle, il peut agir triplement, d’une part en interdisant la Côte vers Thiaumont, d’autre part en prenant en tenaille, avec l’aide de l’ouvrage de Charny et du fort de Vacherauville (construit tardivement entre 1910 et 1914), toute intrusion par la vallée de la Meuse, enfin en contrôlant les ravins et petites crêtes qui descendent de Fleury vers Verdun. Froideterre devait être soutenu par un autre ouvrage, situé plus au nord-ouest et envisagé dès 1900 pour prendre en enfilade les ravins descendants du plateau de Thiaumont. Mentionné dans les archives au titre de projet, «l’ouvrage de Bras» ne fut, faute de crédit, jamais construit.

Pour remplir cette mission, Froideterre offre une structure renforcée de béton, dotée d’un armement de premier ordre, assez proche de celui d’un fort (en 1914, la transformation de Froideterre en fort était à l’ordre du jour ; ce renforcement était déjà engagé sur l’ouvrage de La Laufée).

Initialement construit comme abri d’infanterie maçonné en 1887-1888 puis entièrement repris à partir de 1902 pour tenir sa mission défensive, cet ouvrage intermédiaire d’artillerie de première grandeur disposé en arc de cercle autour d’une cour intérieure, présente, à travers son casernement et ses trois blocs de tir séparés alliant béton et cuirassements, un bon exemple de la modernisation de la place de Verdun au début du XXeme siècle.

Description

En 1916 se livre devant Verdun une véritable bataille des crêtes. En rive droite, on se bat avec férocité pour le contrôle des hauteurs du «H» central au champ de bataille. Incapables de déboucher sur la Meuse, les Allemands cherchent les gains le long de la côte de Froideterre, qu’ils observent depuis le promontoire du fort de Douaumont pris le 25 février. Ils enlèvent successivement l’ouvrage de Thiaumont et les batteries, abris et retranchements du secteur. L’ouvrage de Froideterre, dont on a pris soin depuis le mois d’avril de préserver les organes de tir en ne les utilisant qu’avec parcimonie, est alors, au début de l’été, le dernier élément d’importance avant le débouché sur la Meuse et l’investissement de la ville.

Combats

Pour les «arpenteurs de mémoire» qui montent à Froideterre et parcourent les crêtes labourées de l’ouvrage que le labeur incessant de l’Association Nationale du Souvenir de la Bataille de Verdun, du Mémorial de Verdun et de l’Office National des Forêts ont finalement rendus à la visite (jusqu’en 1972, l’ouvrage était noyé dans la végétation, quasiment inaccessible et invisible), l’ouvrage de Froideterre est un haut-lieu de souvenir qui restitue deux pages de notre histoire collective. C’est d’abord le passionnant témoignage pétrifié que cet organe du camp retranché de Verdun nous livre sur les quatre décennies d’aventure de la fortification qui s’achèvent par la création devant Verdun d’un formidable outil militaire (il reste encore sur ce point à explorer les conséquences de ce véritable formatage militaire sur les paysages et les activités). C’est surtout le témoin, à travers chaque fissure du béton, chaque cratère béant, chaque fer hérissé, de la souffrance inouïe des combattants Français et Allemands, «mille fois recrucifiés au calvaire de Verdun». Ainsi, par ses cicatrices béantes sous nos yeux, cet ouvrage de guerre qui ferme l’horizon pacifique de la Côte de Froideterre nous parle désormais comme un bâtisseur de paix.

Airy Durup de Baleine

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